La mosaïque selon Nathalie Brenza
UK - Artisan d’art mosaïste et travail du verre, Nathalie Brenza a repris en 2014 Sud Mosaïque, à Caissargues, ce qui lui permet aujourd’hui de partager sa passion artistique au travers de sa boutique, mais aussi de ses cours et stages et autres formations qu'elle dispense pour les professionnels.
Rencontre artistique
Bonjour Nathalie,
Ravie de vous accueillir sur UzEssentiel,
Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs en quelques mots ?
Diplômée d’un doctorat en Biologie cellulaire et moléculaire et d’un BTS en gestion de la Qualité en entreprise, j’ai décidé de me reconvertir à 46 ans.
Aujourd'hui, artisan d’art mosaïste, je gère SUD MOSAÏQUE, mon atelier-boutique à Caissargues, à deux pas de Nîmes, que j'ai racheté en 2014 et où je me suis formée en mosaïque et au travail du verre (vitrail).
Quelles sont les grandes lignes de votre formation en mosaïque et en travail du verre ?
J’ai suivi deux formations en mosaïque :
- Tout d'abord auprès des mosaïstes auxquels appartenait l’atelier SUD MOSAÏQUE et qui, pendant 6 mois, m’ont formée aux différentes techniques : directes, indirectes, en volume, taille de tous les matériaux connus, usage de tous les outils...
- Puis auprès de Véronique Juan (Mosaïschool), maître mosaïste formée à l’école du Frioul (Italie) de 2016 à 2018. Une formation basée sur les techniques traditionnelles de la mosaïque, taille à la marteline, travail sur la couleur en mosaïque, réalisation de portraits en mosaïque.
Je me suis également formée aux techniques du travail du verre, en vitrail au plomb et technique Tiffany au Centre international du vitrail à Chartres. J’utilise en effet et avec beaucoup de plaisir le verre dans ma création.
J’ai aussi suivi un stage de sculpture 3D en 2025 auprès de Stéphanie Chatelet (Fany Mosaïque) afin de pouvoir créer des supports pour mosaïque comme sculptures ornementales pour l’extérieur.
En fait, je ne cesse pas de me former auprès de collègues afin d’étendre et compléter mes compétences. Mais je n’ai jamais voulu me spécialiser, au contraire. J’ai toujours cherché à travailler tous les matériaux tant les traditionnels (marbres, travertins, pierres naturelles, smalts, ardoises..) que les matériaux modernes manufacturés (émaux, grès cérame, verre…), à apprendre à utiliser tous les outils du métier pour ne jamais me cantonner à un style. J’ai toujours eu pour objectif d’être capable de créer sans l’entrave de la technique. Au final, je peux créer une mosaïque de facture antique (romain, byzantin) ou contemporaine et proposer une fresque, un pavement, un tableau, une sculpture en 3D.
Vous dispensez conseils pour amateurs et professionnels. Comment se déroulent vos cours et stages ? Combien de temps durent-ils ? Quelles techniques y présentez-vous ?
Pour les amateurs, je propose :
- Pour les débutants : 1 journée d’initiation de 6 h où l’on balaie les différents matériaux possibles, les différents outils. Je propose une séance d’initiation à la taille avec des pinces et, enfin, nous abordons les différentes étapes de création d’une mosaïque avec la réalisation d’une petite mosaïque.
- Pour les personnes ayant déjà une certaine pratique ou du moins une certaine autonomie pour l’usage des outils, je propose un forfait d’accompagnement à l’atelier, de 8 h, soit pour expérimenter une nouvelle technique soit parce la personne a un projet et qu’elle ne sait pas trop comment l’aborder. A l’issue des 8h, la personne décide de reprendre un forfait ou de continuer seule car elle se sent capable de tout réaliser en autonomie.
- Sur demande, je présente, devis à l’appui, des stages de plusieurs jours sur un thème précis.
- Pour terminer, pour des personnes en reconversion ou en complément de leur activité, je propose des formations professionnelles dont 1 certifiante, actuellement en cours de renouvellement auprès de France Compétences donc finançable par le CPF. L’atelier est officiellement inscrit comme organisme de formation (depuis 2015), certifié QUALIOPI depuis décembre 2020.
Ces formations sont basées sur les techniques en mosaïque, l’histoire de la mosaïque, l’animation d’atelier, le travail du verre en mosaïque pour ne citer que les principaux modules et ont pour base des programmes de l’ordre de 450 h.
Les non certifiantes sont modulables tant au niveau du programme que du planning.
Vous proposez au sein de votre boutique tout le matériel nécessaire pour créer des mosaïques. Avez-vous une préférence entre les différents matériaux, le verre ou en support ? Adaptez-vous le support à vos créations, voire… créez-vous vos propres supports ? A moins que ce ne soit les matériaux qui vous donnent les idées ? En clair, comment se passe le processus de création ?
J’aime le marbre et les pierres naturelles pour leur rendu, leur texture, les smalts et les verres Albertini pour leurs couleurs, les grès cérames (Winckelmans) pour l’étendue des usages qu’ils offrent et les verres pour le jeu des couleurs et motifs.
Quant au choix des matériaux et des supports, cela fait partie du processus de création de toute mosaïque. J’y ajouterai le choix de la technique. Tout dépend de la destination de la mosaïque tant en localisation, qu’en emploi éventuel.
Pour ce qui est de l’idée de création, en effet, cela peut venir d’une image, d'un paysage, d'une émotion ou alors d’un matériau, sa nature ou sa couleur.
Vous proposez également des œuvres sur commande. Comment cela se passe-t-il ?
Le client me fait part de son idée, de son projet. Soit il en a une représentation déjà précise que je reprends ou alors je propose un pré-projet que l’on affine ensemble au niveau du dessin.
Vient alors le choix des matériaux, le nuancier de couleurs, des supports et de la technique qui découleront de la localisation de la mosaïque. Le tout est chiffré sur devis.
Le processus est le même pour la création d’un vitrail, car cela m’arrive d’en réaliser.
Il ne faut pas oublier aussi vos collaborations avec d’autres artistes, comme cette œuvre sur laquelle vous travailliez au moment où nous écrivions cet article. Comment ce genre de collaboration fonctionne-t-elle, quelles sont, éventuellement, les difficultés rencontrées ?
Cela part d’un mosaïste qui élabore un projet personnel ou avec un organisme public ou privé pour lequel il fait appel à la communauté de mosaïstes, à son réseau de collègues pour l'aider. Un cahier des charges est donné : motif, dimensions, nature des matériaux, technique. Participe qui veut.
C’est en général bénévole mais on en retire toujours un voire plusieurs bénéfices : plaisir d’être intégré dans un projet collectif, lier des liens et échanger avec des collègues, une certaine vitrine, de la communication.
Il n’y a pas vraiment de difficultés, surtout lorsque les choses sont clairement établies dès le début. Le réseau entre collègues est primordial : dans ce genre de projets, vous y êtes en général convié parce qu’un des participants vous connaît et fait appel à vous.
J’ai ainsi participé il y a quelques années à la réalisation d’une fresque couvrant une montée d’escaliers à Permasens, une ville en Allemagne, en 2019. Le projet Volgreppe était mené par Isidora Paz Lopez. Elle a fait appel à la communauté de mosaïstes du monde entier pour la création d’oiseaux. Elle en a reçu près de 100 qu’elle a intégrés à des décors réalisés par 2 équipes de mosaïstes volontaires, venus l’épauler en Allemagne. Pour ma part, j'ai réalisé une mésange bleue. Elle est intégrée dans la fresque.
J’ai aussi participé au dernier ouvrage de Muriel Ligerot, mosaïste et éditrice d’ouvrages spécialisés en mosaïque : L’art de recycler en mosaïque (2025) en créant une mosaïque à partir de matériaux de récupération donc. Elle figure donc dans l’ouvrage.
Et aujourd’hui, je participe au projet Ecailles en pagaille mené par Caroline Cortes, avec l’accord de la municipalité de la ville de Trébeurden dans les Côtes d’Armor.
Nous pouvons régulièrement vous rencontrer lors de salons, fête de l’artisanat (nous vous avons par exemple admiré en plein création d’un globe sur base de polystyrène à l’édition 2025 des Journées des artisans d’art à Uzès…), et autres manifestations culturelles. Comment gérez-vous votre agenda ?
Parce qu’une partie de mon activité est consacrée à la boutique et à la formation, je ne peux malheureusement pas me consacrer à la création autant que je le voudrais.
De plus, il est nécessaire de communiquer, de montrer ce que l’on fait, de communiquer sur le beau métier qu’est mosaïste d’art, d’où les participations à des salons.
J’essaie depuis l’année dernière d’en faire le plus possible. Mais il est clair que toute participation impose la fermeture de l’atelier et une sacrée gymnastique en termes de logistique.
Ce sont des choix. Mais j’avoue que je souhaiterais dans les années à venir me consacrer plus à la création.
Souhaitez-vous ajouter un commentaire, un détail ?
Je profite de cette opportunité de communication que vous m’offrez, et dont je vous remercie, pour parler de la naissance d’une nouvelle association en ce début d’année 2026 : il s’agit d’ARMO (Association pour la valorisation de la mosaïque contemporaine) créée par des mosaïstes français qui sont partis de ce constat : La mosaïque contemporaine mérite une place de choix dans le paysage artistique français et international. Pourtant, cet art millénaire peine à trouver sa légitimité dans le monde de l’art contemporain...
C’est pour redonner ses lettres de noblesse à la mosaïque, pour fédérer une communauté de passionnés et pour créer des opportunités concrètes pour les artistes et les amateurs que l’association a vu le jour.
La mosaïque est, malgré ses origines anciennes, un art vivant, innovant et porteur de sens, et il s’agit de le faire reconnaître comme tel. Et cette association s’adresse autant aux amateurs qu’aux professionnels. Le projet est le suivant : 1) Créer des opportunités pour tous à travers des commandes, des formations et un réseau professionnel. L’objectif est de favoriser l’accès au travail, à la montée en compétences et aux échanges entre professionnels sur l’ensemble du territoire, visibilité et rayonnement, développement d’un annuaire national des mosaïstes professionnels.
2) Organiser des événements phares : expositions, biennales et résidences d’artistes mais aussi mettre en place une communication ciblée sur les réseaux sociaux et en partenariat avec des médias spécialisés.
3) Obtenir une reconnaissance professionnelle via un plaidoyer institutionnel pour intégrer la mosaïque dans les salons d’art contemporain, action pour la reconnaissance du statut des mosaïstes, accompagnement juridique pour les démarches administratives et les appels à projets. Toutes les informations sont présentes sur le site de l'association.
Remerciements à Nathalie Brenza pour sa collaboration à cet article.
La bonne adresse : Sud Mosaïque, 36 Place Marie Rose Pons, 30132 Caissargues. Ouvert du mardi au jeudi de 9 h 30 à 17 h 30, le vendredi et samedi de 9 h 30 à 12 h 30. Contact : Tél : 04 66 67 30 75, boutiquesudmosaique@gmail.com. Visitez le blog de Sud mosaïque ainsi que le site professionnel Sud Mosaïque.fr.