Ouvrage courageux et incroyablement documenté, Uzès, Mutations pour une renaissance faisant écho aux nombreux soubresauts que la ville a connu depuis la fin de la seconde guerre mondiale et sa restauration suite à la loi Malraux, du nom du ministre, alors ministre d’Etat chargé des Affaires culturelles.
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A travers les aspects politiques, économiques et culturels,
cet ouvrage dévoile quatre décennies de l’histoire d’Uzès,
qui ont mis à rude épreuve les Uzétiens. Il en a fallu de la pugnacité
et de la volonté pour sortir la ville de son état de délabrement
et faire étinceler ses pierres au-dessus de la garrigue comme un phare éclairant les flots.
Des années cruciales qui ont changé son destin (éditions de la Fenestrelle).
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Cette loi, visant à protéger les centres-villes historiques, fera l’effet d’une cure de jouvence pour le premier Duché de France. Citant au début de son ouvrage Maurice Chauvet dans son livre « Itinéraires au pays d’Oc : Délices d’Uzès » (Causses et Cévennes, Tome VII, N° 1 - 1948, p. 285), Maryse Cathédras rappelle l’état de presque abandon dans lequel se trouvait la ville avant 1962 : « En abordant la ville, je demeurai frappé du silence des rues désertes, [...], une impression d’abandon désespéré me saisit devant ces façades de vieux hôtels ruinés, aux plafonds effondrés, aux fenêtres béantes, aux portes vermoulues s’ornant d’armoiries martelées »…
Sa première approche de cette aventure historique et patrimoniale vient lors de sa thèse en histoire contemporaine, Uzès au XXe siècle : « Je me suis penchée sur la localité uzétienne entre 1945 et 1983. Personne n’avait travaillé sur cette période » (p 47).
Découverte
Des figures locales pour la sauvegarde de la commune
Des édiles locaux s’investissent dans la sauvegarde de la commune, comme Jeanne Palanque en 1946, « qui assure sa charge de maire avec courage et dévouement, dans une ville en grande difficulté » (p 20). De même Louis Alteirac (maire d’Uzès de 1953 à 1954), qui fait partie dès « août 1944, des membres du Comité local de libération nationale avec, à sa tête, Adolphe Le Cannellier, puis de la délégation spéciale, mise en place en octobre 1944 pour administrer la ville » (p 52). En 1953, il « poursuit l’effort entrepris pour sauvegarder l’hygiène et la propreté de la ville » et au projet d’extension de la ville (p 55)… et en mai de la même année, « la ville réceptionne le document accordant à la cité la cession, pour trente années, du parc du Duché… en plein cœur de la localité…. quatorze hectares de terrain… de la route de Saint-Quentin et la bordure des Marronniers jusqu’aux garrigues qui leur font face… en vue de le transformer en promenade publique et d’établir un terrain de camping sur un vaste terre-plein en bordure de la fontaine d’Eure » (p 55).
C’est Georges Chauvin qui a la lourde tâche de prendre la relève du trop éphémère Louis Alteirac, tout en continuant l’amélioration du cadre de vie des Uzétiens, dont la population grandit, faisant « entrer Uzès dans le modernisme et le progrès avec le développement du réseau d’eau, la construction de nouveaux logements et d’un hôpital psychiatrique. Au niveau scolaire, la remise en état du Groupe scolaire, la construction d’une nouvelle école maternelle, l’agrandissement du lycée », mais aussi la construction de lotissements et de grandes voies de circulation (p 68).
Alors que la 162e compagnie républicaine de sécurité (CRS) fait son entrée dans la commune en 1945 « dans l’ancien évêché d’Uzès, à côté du tribunal de la ville », en 1957, « les dernières congrégations religieuses subsistante à Uzès sont les ursulines (qui dirigent l’école Sainte-Anne), les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, les garde-malades et les carmélites ». Le Centre d’artisanat, créé quant à lui en 1941, est logé dans le château ducal et peut accueillir dès le 1er octobre les élèves du centre d’apprentissage d’Uzès dans le nouveau bâtiment qu’est l’ancienne caserne, inoccupée depuis le départ des militaires.
Le musée, qui pour sa part prendra plus tard le nom du professeur de dessin Georges Borias alors conservateur, se trouve au premier étage de l’hôtel de ville (p 108). Les « efforts du conservateur portent sur l’enrichissement des collections de poteries locales, afin d'en faire un ensemble historique et folklorique ». Mais souhaitant offrir aux collections du musée des locaux plus spacieux, Georges Borias envisage de l’installer au duché, avant que « la marquise de Crussol rentre en possession de tout son château » (p 109).
Les « frémissements d’un espoir économique » dès la fin de la seconde guerre mondiale, avec l’ouverture de nouveaux commerces, des foires, des projets agricoles, voient aussi l'énergie de l’industrie locale, avec entre autres la réglisserie Zhan, au hameau de Pont-des-Charettes et sa fusion « en décembre 1969, la société Ricqlès sous le nom de Ricqlès-Zan », « l’usine de céramique d’art Pichon, route d’Alès, propose des objets utilitaires et élégants à la fois : assiettes, plats, tasses et soucoupes, pots à lait, corbeilles à fruits, cache-pots, etc » ou encore l’ouverture de « la manufacture de robinetterie fondée par Louis Pétavit en avril 1925, dans la caserne Brueys »… (p 131).
La rénovation de l’hôtel de ville commence alors même que « les quartiers anciens de la ville sont condamnés à disparaître progressivement si aucune opération active de restauration immobilière n’est entreprise le plus rapidement possible. L’effondrement des immeubles de la place de la République en octobre 1960 signe l’urgence aussi de la situation » (p 165). En « novembre 1961, le ministre de la Construction prend donc l’initiative de faire mener des enquêtes immobilière et sociale dans les quartiers anciens. Pour les 360 immeubles qui constituent la vieille ville, une expertise systématique et approfondie est menée… Les résultats obtenus montrent que 3 % du total des immeubles sont en ruine ; 18 % sont vétustes, 30,5 % sont dégradés, c’est-à-dire sans désordre apparent, mais sans entretien ; 37,5 % sont passables, c’est-à-dire en bon état et convenablement entretenus et 11 % sont en excellent état avec un entretien efficace et constant. Les ruines, comme les immeubles en bon état, se dispersent sur l’ensemble de la vieille ville ». (p 166).
La loi du 4 août 1962 et les possibilités touristiques
En 1965, Uzès a la chance d'être choisie pour être une de ces villes où l’on veut expérimenter cette méthode de sauvetage qu'est la loi Malraux (p167). « La restauration visée par cette loi concerne ainsi... le maintien de l’aspect extérieur des quartiers ayant une valeur artistique ou historique et leur restauration intérieure afin de moderniser l’habitat ou les fonds de commerce... et un classement des quartiers à rénover ».
Après la réouverture du syndicat d’initiative d’Uzès en septembre 1946, la restauration d’Uzès signe aussi la création de circuits touristiques incluant la ville, citée pour la première fois, en 1954 comme premier Duché de France, et « un des points les plus curieux du département du Gard, et un des bijoux du Languedoc historique » dans leurs programmes (p 169).
Les années Rancel et les intérêts communaux
La sauvegarde du CES est un des signes majeurs de l’intervention de la mairie pour sauvegarder l’enseignement à Uzès. Soutenu par la population, le maire gagne de haute lutte « l’avis favorable de la commission académique pour l’inscription du lycée à la carte scolaire » (p190) et « la construction des nouveaux bâtiments du CES, entre le chemin de Paradis et l’avenue de la Gare ».
Les foires font partie aussi du patrimoine à sauver. Si certaines ont disparu au fil du temps, comme la Foire du porc gras place Tour-du-Roi en février (p 197) ou la Foire aux aulx en juin ou celles des poulains en novembre, le marché de la place de la République (ancien nom de la place aux herbes) anime encore aujourd’hui le centre-ville tout comme la Foire aux vins du Gard (p 200), créée en 1976 et le marché aux truffes, suite à la création à Uzès du syndicat des producteurs de truffes du Gard (lire notre article) en 1971 (p 202).
Rendre son âme à Uzès
Sous le mandat de Georges Chauvin, « le vieil Uzès, garde de son ancienne splendeur du XVe au XVIIIe siècle, un patrimoine immobilier d’une grande valeur architecturale dont il convient d’assurer la protection. Malheureusement, de graves menaces d’effondrement pèsent sur un grand nombre de bâtisses édifiées directement sur le rocher dans lequel sont creusées les caves » (p 205). Le maire prend des « arrêtés de mise en demeure d’avoir à démolir ou à réparer un immeuble menaçant ruine » concernant des édifices situés sur la place de la République et dans les rues Saint-Etienne et Paul-Foussat » (p 205), annonçant le futur statut de la ville.
En effet, dès « janvier 1965, un secteur sauvegardé (le onzième en France) est créé sur le territoire de la ville d’Uzès, pour éviter la disparition de son patrimoine ». Mais « la création de ce secteur comporte en contrepartie pour sa population des conséquences (nouvelle réglementation de l’urbanisme notamment) » (p 221), comme par exemple « la réhabilitation de la vieille ville et de la place de la République... un des buts primordiaux assignés par le plan de sauvegarde (p 231).
Les travaux s’intensifient, en parallèle « d’autres opérations de restauration en cours de réalisation en France, c’est-à-dire des opérations approuvées et subventionnées par les ministères compétents » (p 230), alors qu'est ouverte en 1975 « une enquête d’utilité publique au cours de laquelle les Uzétiens - qui se demande « s’il restera quelque chose du vieil Uzès (p 233) - sont appelés à faire connaître leur point de vue sur le plan d’occupation des sols du secteur sauvegardé… déchaînant quelques mécontentements et des désapprobations. En effet, pour certains, comme l’association Renaissance d’Uzès, le plan proposé est conçu de façon arbitraire et dévastatrice pour l’urbanisme de la ville ancienne, le bien-être de ses habitants et le ménagement des deniers publics » (p 233).
Le secteur sauvegardé
La place de la République, le quartier Nicolas Froment, la rénovation de la cathédrale Saint-Théodorit, etc, tous les travaux engagés ont « pour objectif la mise en valeur du patrimoine architectural, l’amélioration des conditions de salubrité des quartiers par une meilleure aération et un meilleur ensoleillement » et l’entretien du patrimoine de la ville.
La place de la République, quant à elle, devient définitivement en octobre 1978 la place aux Herbes, pavée dès fin 1979. La seule référence subsistant de l’ancienne appellation de la place étant la rue de la République (p 259). Désormais les visiteurs découvrent flamboyants les hôtels de Flaux, de la Rochette, d’Aigaliers, la maison d’Alméras (p 260)… La fontaine Wallace, qui se trouvait auparavant sur la promenade des Marronniers est déplacée dans la cour de l’hôtel de ville en mai 1981 (p 262) avant d’être « finalement transférée sur la place Belle-Croix, devant la Caisse d’Épargne », en mars 1983, après le classement au patrimoine historique de la mairie.
L’essor immobilier et touristique
Des lotissements, des petits immeubles, comme le Foyer-Soleil, voient au fur et à mesure le jour suite à la modernisation de la ville, un essor reflété dans « l’étude sur le Changement de résidence dans les principales villes du Gard entre 1968 et 1975 d’Henri Chambon » (p 266). Il y a également la création de parkings, la création de nouvelles voies de circulation, et l’arrivée des pompiers en 1976, qui couvrent un secteur de 39 communes, sur la route de Saint-Ambroix (p 272), le centre des impôts quitte en 1977 la rue du docteur Blanchard pour le Foyer-Soleil (p 274) et le projet de la ZAC de Pont-des-Charrettes est lancée (p 274).
Voient le jour une nouvelle bibliothèque, le transfert à l'évêché du désormais musée Georges Borias (qui porte à présent le nom de son fondateur disparu depuis 1983, p 283) est acté (p 279), le haras (un des 23 haras de France) est construit au mas de Tailles (p 288), le stade du CES complètent les équipements sportifs de la ville (p 290).
Nouveaux établissements hôteliers, nouveaux campings, événements culturels comme les Nuits d’Uzès (p 296), tournages de films… Uzès renaît sur la scène nationale et internationale...
Vifs remerciements à Bernard Malzac, des Editions de la Fenestrelle et à Maryse Cathébras pour la documentation transmise, dont sont issus les nombreux extraits.
Envie d'en savoir plus ? Uzès, Mutations pour une renaissance (1945/1983) de Maryse Cathébras, est à découvrir à la Maison de la presse et sur le site des éditions de la Fenestrelle (lire notre article).
A propos de l'auteur : Docteur en « Histoires militaires et Etudes de défense », Maryse Cathébras a participé à l’ouvrage collectif Uzès et l’Uzège, 20 siècles d’histoire, chez Etudes et communication. Elle a également publié plusieurs articles dans la revue de la Société historique de l’Uzège et, aux éditions de la Fenestrelle, Perdue dans la garrigue, Uzès, loin du bruit des canons (1896/1918), Uzès la grande illusion (1919/1939) et Uzès à la dérive (1939/1945).
A lire également, peut-être au détour de la médiathèque, un des premiers de son genre « Guide Touristique d’Uzès », de Jacky Cialdi, publié en 1981 aux éditions Le Camariguo, auquel nous avions consacré une Chronique souvenir.