Zoom sur la pollution lumineuse et le label RICE du parc national des Cévennes

nbesse Par Le 29/06/2026

Dans Nature

UK - Le parc national des Cévennes a obtenu le label RICE ( Réserve Internationale de Ciel Etoilé) en 2018, après avoir candidaté en 2016 et mis en place « deux campagnes de mesures de qualité du ciel étoilé, en 2016 et 2017 »Aujourd'hui « plus grande RICE d’Europe », le parc permet d’« observer et admirer les étoiles, les constellations et la Voie lactée directement à l’œil nu… du Mont-Lozère, aux vallées cévenoles en passant par les Grands Causses et le Mont-Aigoual » (lozere-tourisme.com).

Il etait une fois la nuit« Travaillant en étroite collaboration avec tous les alentours, de l’Hérault – en particulier Montpellier – aux proches Pyrénées dans le cadre de la réserve étoilé », le parc permet à cet espace protégé unique de s’étendre un petit peu chaque jour, ce qui est un bon point..

« La pollution lumineuse est en effet l’affaire de tous. C’est un enjeu national, mondial » précise Carole Reboul, photographe qui offre dans son livre Il était une fois la nuit « un vibrant plaidoyer esthétique et raisonné pour la préservation de la nuit ».

Des partenariats pour garantir le label RICE

Le parc national des Cévennes travaille aussi en partenariat étroit avec « les syndicats d'électricité de la Lozère (SDEE 48), du Gard (SMEG) et les collectivités en gestion directe », signant dans ce cadre « une convention pour coordonner leurs actions en faveur d’une amélioration de la qualité de l’éclairage public, sensibiliser les élus et la population aux impacts de la lumière artificielle, porter collectivement le projet de la RICE ».

 

 

« Les conséquences de l’excès d’éclairage artificiel ne se limitent pas

à la privation de l’observation du ciel étoilé.

Elles sont aussi une source de perturbations pour la biodiversité

(modification du système proie-prédateur,

perturbation des cycles de reproduction, des migrations…)

et représentent un gaspillage énergétique considérable » (source).

 

 

Carole reboul cevennes 4

Les nuisances de la pollution lumineuse

Néfaste pour la biodiversité, la pollution lumineuse nuit visiblement aux « nombreuses espèces animales nocturnes… estimées à 30% chez les vertébrés et à 65% chez les invertébrés : Modification comportementale, perturbation des rythmes biologiques, changement des interactions entre individus, processus de compétition et prédation, modification de l’équilibre des écosystèmes », la liste est longue.

Pour la flore, les effets néfastes sont également nombreux car, même si la lumière est nécessaire à son bon développement, la flore a « besoin de périodes d’obscurité. Un végétal éclairé en continu stresse et est susceptible de développer des maladies…, de voir son rythme biologique modifié… ».

Carole Reboul ajoute que « nous sommes tous impactés par les effets négatifs de la pollution lumineuse. Les animaux nocturnes (rapaces, vers luisants…) sont parfaitement adaptés à la nuit et ont besoin d’une vraie obscurité pour communiquer, se déplacer, chasser, se reproduire. Les animaux diurnes, quant à eux, profitent de la nuit pour se reposer. Les plantes et les arbres ont eux aussi besoin du jour et de la nuit pour leur photosynthèse, se développer, grandir, tout comme ils ont besoin du rythme des saisons.

Il a été constaté que les plantes et arbres subissant à longueur d’année une pollution lumineuse dans les parcs et jardins botaniques ouverts en soirée se développent moins bien, leur croissance est altérée par un rythme qu’ils ne reconnaissent pas. Ils démarrent leur floraison trop tôt au printemps, gardent leurs feuilles plus tard à l'automne. Leur cycle est totalement perturbé ».

Et chez les hommes ? 

Nous sommes aussi extrêmement « sensibles à la lumière artificielle nocturne ». Si « l’alternance du jour et de la nuit rythme la sécrétion de certaines hormones, comme la mélatonine, elle régule aussi les rythmes biologiques. Une modification des périodes d’éclairement entraînera une perturbation des sécrétions ».

 

 

Bon à savoir :  « Un Guide de l'éclairage a été publié,

en étroite collaboration avec les syndicats d'électricité du Gard et de la Lozère

et avec l'appui du bureau d'études Dark Sky Lab fin 2018, afin d’aider les collectivités

à opérer les bons choix en matière d'éclairage nocturne ».

 

 

« Mais les actions au quotidien et dans notre région sont nombreuses » nous indique Carole Reboul. « Par exemple, citons l’important travail de l’agglomération d’Alès. La commune fait depuis des années des efforts pour lutter contre les éclairages jugés inutiles. En centre-ville évidemment, comme ces lampadaires à lumière dirigée vers le bas, mais aussi dans la périphérie qui accueillent les grands centres commerciaux. Là, les enseignes lumineuses sont éteintes et la nuit a repris sa place, sans conséquence sur la sécurité ».

 

 

Le saviez-vous ? Tous les ans, et ceci depuis 2016, a lieu en juillet ou août

un grand rassemblement d’astronomes amateurs,

Les Nuits du Causse Noir, à Lanuejols (30) sur le Domaine de Pradines.

C’est par centaines que ces passionnés d’astronomie viennent admirer le ciel pur de la RICE des Cévennes.

 

 

Carole reboul cevennes 3

Le ciel étoilé et le tourisme, un atout ?

Logo ncn noirLa qualité des paysages nocturnes est un atout touristique indéniable. Animations et thématiques diverses sont proposées par les offices de tourisme et le parc national des Cévennes, des formations également et même des séjours spécifiques comme « La tête dans les étoiles » de l'agence Azimut Voyage, marqué Esprit parc national. Parmi les nombreuses associations participantes, il y a aussi les activités A3C – Association des Astronomes Amateurs en Cévennes ou L’Etoile Cévenole.

Au niveau national, rappelons Le Jour de la Nuit, une « opération de sensibilisation à la pollution lumineuse et à la protection de la biodiversité nocturne et du ciel étoilé, créé en 2008, coordonnée par Agir pour l’Environnement  (association fondée en 1997) et soutenue par de nombreux partenaires nationaux » (Envie d’en savoir plus ? Retrouvez toutes les informations en cliquant sur Destination Parc national des Cévennes).

Carole reboul cevennes 2Rencontres et conférences

​​​​​​​Dans ses conférences, la photographe Carole Reboul invite les auditeurs à s’intéresser et surtout, à s’interroger, sur le phénomène de la pollution lumineuse. Elle leur demande d’apprendre à « redécouvrir la nuit, la richesse du ciel nocturne. Je ne cesse de rappeler que toute lumière troublant la pénombre génère un stress immense dans les rues de nos villes et villages – les phares des voitures, les loupiotes colorées qui décorent joliment notre jardin le soir venu ou les lampes solaires, les lampadaires municipaux qui éclairent nos rues, etc, mais aussi dans nos campagnes. Aujourd’hui, fort est de constater que la lumière est partout, créant un halo au-dessus des centres urbains et des pôles industriels, mais aussi dans les parcs ouverts la nuit pour proposer de voir l’espace autrement. Si le public scolaire est souvent ouvert au changement, le public adulte est, quant à lui, empreint d’incertitude et parfois difficile à convaincre qu’un changement de notre mode de vie est nécessaire. Je pense qu’il est temps de revoir notre feuille de route et d’envisager de laisser à la nuit la place qu’elle mérite, pour le bien de tous, humains et nature. Le sujet est ouvert à discussion, pour convaincre du bien-fondé de respecter l’obscurité ».

 

Vifs remerciements aux photographes Carole Reboul, à qui l'on doit également les clichés qui illustrent cet article, et Gilles Guillot pour leur collaboration à cet article.

La photographe Carole Reboul, « passionnée de macrophotographie, de paysages et de ciels nocturnes, défend la lutte contre la pollution lumineuse. Parmi ses livres de photographie parus, notons en particulier Il était une fois la nuit (éditions de la Salamandre) : « une porte ouverte sur un univers onirique essentiel à préserver, la nuit. Aujourd’hui, qui d’entre nous a encore la chance de pouvoir contempler un ciel étoilé ? A travers des photos empreintes de poésie, accompagnées de textes riches et accessibles, l’auteur livre ici un vibrant plaidoyer esthétique et raisonné pour la préservation de la nuit. »

Nuit des cevennesA lire également, l’album photo Nuits des Cévennes, en vente sur la boutique en ligne du Parc national des Cévennes.

Pour ceux qui aimeraient passer la nuit sous un ciel étoilé, retrouvez sur ce lien les informations ad hoc (Carole Reboul collabore d’ailleurs avec le département de la Lozère dans le cadre du Ciel étoilé de Lozère « de l’Aubrac aux Gorges du Tarn, en Margeride ou partout ailleurs dans le département », avec l’association Agir pour l’environnement, citée ci-dessus, et le CAUE (conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement) de Nîmes).

Informations complémentaires, sources : Parc national des Cévennes (à découvrir, l’exposition « Au cœur de la Nuit » au Centre d'interprétation des vallées cévenoles Biosphera), lozere tourisme. Sur comment Apprendre à limiter les éclairages extérieurs chez vous, pour préserver les espèces végétales et animales, suivez tous les conseils de l'OFB sur ce lien.

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