Exposition Le Trait et Le Grain à Saint-Quentin-la-Poterie, du 23 octobre au 1er novembre

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Trop beau pour être vrai ?

Cette question trouvera sa réponse, ses réponses, pendant l'exposition Le Trait et Le Grain, de Colette Levie et Daniel Mutel. 

Exposition danielTrop beau pour être vrai ?

1) De même que la science moderne crée des êtres génétiquement modifiés, de même les ordinateurs créent des images fabriquées, coupées du monde. Les photographes actuels disposent de logiciels de transformation d’images très performants, et passent plus de temps à explorer les possibilités de leurs logiciels qu’à photographier. La tentation est forte de rajouter dans l’image des choses qui n’y étaient pas, et il faut craindre que cela finisse un jour par tuer la créativité au lieu de la servir, en donnant des résultats attrayants que nous ne cherchions même pas. Ne pas confier à un programme de traitement d’images d’extraire du visible une pseudo-beauté totalement fabriquée qui ne peut se confondre avec l’invisible, peut-être l’autre nom de la beauté ? Ce que nous rajoutons ne peut s’identifier avec ce qui est contenu.

2) Comme photographe, je rame à contre-courant : je cherche le contenu de l’image et refuse d’en faire le support de mes fantasmes et le substrat de mon imagination. Je suis le conseil de Léonard De Vinci : réfléchir dans un miroir l’objet réel, puis comparer le reflet à la photographie en espérant que mon regard ne soit pas un miroir déformant, mais éclairant ! Dans ces temps de prolifération des images de toutes sortes, où une pseudo-inventivité tend à se substituer à une véritable créativité, je tiens à préciser les points suivants.

3) Toutes les photographies présentées proviennent de l’inépuisable beauté de cette galerie d’art à ciel ouvert qu’est la nature qui nous entoure. Je  cherche mon inspiration aussi bien dans le monde minéral que le monde végétal, dans la diversité des écorces d’arbres, des rochers, des plages à marée descendante. « J’ai déjà vu des nuages et de vieux murs qui m’ont donné de belles et variées inventions, et ces duperies ne manquaient pas de perfection dans leurs mouvements » (Léonard de Vinci).

4) J’ai une nette préférence pour le Noir et Blanc qui, selon moi, en ne s’arrêtant pas à la surface des choses (leurs couleurs), en révèle mieux la profondeur, et je travaille uniquement le recadrage et sur le contraste, la densité et la luminosité. J’utilise beaucoup le sépia qui attenue la « brutalité » du noir, et quand je choisis la couleur, elle reste cependant naturelle, parfois légèrement saturée. Pour moi, photographier, c’est comme faire une collecte d’émotions, mémorisées et ramenées à l’atelier ; en travaillant la photo, je révèle les émotions dont j’ai gardé le souvenir puis je les fixe dans l’image finale. Révélateur et fixateur : nostalgie du temps passé, jadis, dans la chambre noire sous la lumière inactinique, du temps des pellicules Agfa et de la photographie argentique.

5) Je m’efforce de suivre l’exemple des maîtres de la peinture chinoise classique, qui ne peignent pas ce qu’ils ont sous les yeux, comme la plupart de leurs homologues occidentaux, mais ce que l’on garde en soi, l’au-delà du regard, pour que jaillisse la beauté que l’on ne peut peindre que de mémoire, je dirais presque les yeux fermés, une fois retourné dans le silence et la solitude de son atelier.

6) Il y a bien deux niveaux à considérer dans ce qui s’offre au regard, le perceptible et le visible. En donnant une forme à l’invisible qui échappe si souvent aux regards inattentifs, l’artiste peut nous aider à franchir ce pas important qui va de la perception à la représentatation en stimulant notre imagination. Passer du regard à la vision.

7) Paul Klee, ce grand théoricien de l’art moderne, déclarait : « L’art ne reproduit pas le visible, mais il rend visible ». Sans doute l’artiste ne reproduit-il pas que ce qu’il perçoit, mais il ne rend pas pour autant le monde visible ; ce qu’il rend visible est seulement sa vision intérieure, car « Chacun porte en lui un monde ignoré qui naît et qui meurt en silence » (Alfred de Musset).

8) Les tableaux de Claude Monet ou William Turner seront toujours plus beaux que les paysages qui leur ont servi de modèle : «  Quelle vanité que la peinture, qui attire l’admiration par la ressemblance des choses dont on n’admire pas les originaux ! », s’exclamait Blaise Pascal, qui ne comprenait pas qu’un tableau porte bien plus que ce qu’il représente : en lui, les artistes nous révèlent leur vision intérieure.

9) « L’artiste nous ouvre à son univers, et il ne tient qu’à nous d’y croire ou de le rejeter comme un objet inutile. L’image d’un auteur dépasse toujours sa pensée, qui devient insignifiante face à une vision émotionnelle du monde reçue comme une révélation. Car la pensée est limitée, mais l’image absolue. C’est pourquoi il y a bien un parallèle, chez un être spirituellement réceptif, entre l’émotion qu’il ressent devant une œuvre d’art et celle qu’il connaît dans une expérience purement religieuse. L’art agit avant tout sur l’âme et donne forme à la structure spirituelle de l’homme » (Andreï Tarkovski : Le temps scellé).

10) Il y a bien entendu chez les artistes une dimension « visionnaire », mais elle ne doit pas nous faire négliger d’apprendre à regarder de nos propres yeux le spectacle éblouissant du monde.

Vernissage, vendredi 23 octobre à 18 h

Exposition à retrouver tous les jours de 15 h à 19 h, du vendredi 23 octobre au dimanche 1er novembre, salle Joseph Monier, 4, rue de la fontaine, à Saint-Quentin-la-Poterie.

Pour plus d'informations : c.vanleg@gmail.com Tél : 06 72 79 11 75.

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